KASAÏ-ORIENTAL : PLUS DE 50 ACTES GÉNÉRATEURS DE RECETTES, POURQUOI LES CAISSES PROVINCIALES RESTENT-ELLES DÉSESPÉRÉMENT FAIBLES ?
Au Kasaï-Oriental, la faible mobilisation des recettes publiques ne cesse de susciter des interrogations. Alors que le président de l’Assemblée provinciale, Willy Muya Mukendi, semble mettre en avant les limites d’une économie dominée par les motocyclistes, un ancien responsable de la régie financière provinciale évoque l’existence de plus de 50 actes générateurs de recettes. De quoi relancer le débat sur la gouvernance financière et la responsabilité des autorités provinciales.
Le Kasaï-Oriental serait-il réellement une province pauvre en ressources ou souffrirait-il plutôt d’un problème de mobilisation et de gestion de ses recettes ? La question mérite d’être posée avec insistance.
La récente sortie médiatique du président de l’Assemblée provinciale, Willy Muya Mukendi, attribuant la faiblesse des recettes provinciales à une économie essentiellement portée par les motocyclistes, est loin de convaincre tout le monde. Cette explication, largement relayée sur les réseaux sociaux, remet sur la table une problématique devenue récurrente : pourquoi, malgré l’existence de plusieurs sources de revenus, les performances financières de la province restent-elles préoccupantes ?
Pour un ancien directeur général de la Direction générale des recettes du Kasaï-Oriental (DGRKOR), qui s’est confié sous couvert d’anonymat à gazetteinfos.net, le problème ne se situerait pas nécessairement au niveau de l’insuffisance des ressources, mais plutôt dans la manière dont elles sont collectées et gérées.
PLUS DE 50 ACTES GÉNÉRATEURS : UN POTENTIEL FISCAL SOUS-EXPLOITÉ ?
L’ancien responsable cite notamment les taxes sur la consommation perçues aux différents postes de péage de Lubilanji, Ditutu, Tshibombo et Kanshi. Il évoque également la taxe d’embarquement, fixée, selon ses déclarations, à 5 dollars américains par passager et par compagnie.
À ces différentes sources s’ajoutent plusieurs autres actes générateurs, dont l’impôt sur les véhicules relevant de la DGRKOR.
« Le Kasaï-Oriental ne manque pas d’argent ; c’est plutôt un problème de rigueur et d’honnêteté dans la manière de faire les choses », affirme-t-il.
Selon ses explications, les recettes non fiscales reposeraient sur plus de 50 actes générateurs qui auraient, au cours des années antérieures, rapporté plus de 700 millions de francs congolais, voire davantage.
Ces révélations soulèvent une interrogation majeure : comment expliquer qu’une province disposant d’autant de sources potentielles de revenus peine encore à mobiliser suffisamment de ressources pour répondre à ses besoins de développement ?
LES AUTORITÉS PROVINCIALES FACE À LEURS RESPONSABILITÉS
La question ne concerne pas uniquement les services chargés de la perception. Elle interpelle également les institutions provinciales, notamment l’Assemblée provinciale, investie d’une mission de contrôle de l’action de l’exécutif.
Depuis plusieurs années, les difficultés liées à la mobilisation des recettes alimentent les débats. Pourtant, les mêmes interrogations persistent : les services défaillants ont-ils été identifiés ? Des audits ont-ils été diligentés ? Les responsables des régies financières ont-ils été évalués sur la base de leurs résultats ?
La question du maintien de certains animateurs à la tête des services générateurs de recettes mérite également d’être examinée. Car, en matière de finances publiques, les responsabilités doivent être établies et les performances évaluées.
Autre zone d’ombre : le budget provincial. La taxe communément appelée « jeton » y est-elle clairement inscrite ? Les différents actes générateurs sont-ils intégralement répertoriés dans les prévisions budgétaires ? Les montants annoncés correspondent-ils aux recettes réellement encaissées ?
Autant de questions auxquelles les autorités provinciales devraient apporter des réponses précises.
DES CHIFFRES QUI APPELLENT À LA TRANSPARENCE
Le débat est davantage alimenté par les divergences apparentes entre les chiffres avancés par le député provincial Hilaire Ntendayi et les déclarations du président de l’Assemblée provinciale, Willy Muya Mukendi.
Dans ce contexte, il devient indispensable de mettre à la disposition de l’opinion publique des données fiables sur les recettes prévisionnelles, les montants effectivement recouvrés et les performances de chaque service générateur.
Il ne suffit pas de constater la faiblesse des recettes ou d’invoquer les limites de l’économie provinciale. Il faut également expliquer les mécanismes de collecte, identifier les éventuelles déperditions financières et situer les responsabilités.
LE KASAÏ-ORIENTAL ATTEND DES ACTES, PAS DES JUSTIFICATIONS
Au-delà de la polémique, l’enjeu est celui du développement de toute une province. Routes, infrastructures, services sociaux de base et fonctionnement des institutions nécessitent des ressources financières conséquentes.
Dès lors, les autorités provinciales ne peuvent éternellement se contenter de constater la faiblesse des recettes sans présenter des mesures correctives convaincantes.
Si plus de 50 actes générateurs existent, comme l’affirme cet ancien responsable de la DGRKOR, l’opinion est en droit de savoir combien ils rapportent réellement, combien échappent au circuit officiel et quelles mesures sont prises pour optimiser leur rendement.
Le Kasaï-Oriental manque-t-il d’argent ou manque-t-il de rigueur dans la gestion de son potentiel fiscal ?
La réponse ne devrait pas relever de simples déclarations politiques. Elle doit se trouver dans les chiffres, les documents budgétaires, les rapports de contrôle et les résultats concrets de la mobilisation des recettes.
Pour l’heure, une chose est certaine : les motocyclistes ne peuvent, à eux seuls, porter le poids des finances d’une province qui dispose de plusieurs autres sources de revenus. Les autorités provinciales sont désormais interpellées.



