L’agonie de Transco à Mbuji-Mayi : chronique d’un sabotage organisé sur des routes pourtant prêtes
Le contraste est aussi saisissant que révoltant. Alors que le Grand Kasaï voit ses infrastructures routières sortir progressivement de l’ornière, avec une RN1 et une RN2 désormais praticables entre Mbuji-Mayi, Mwene-Ditu et Katanda, le service public de transport, lui, sombre dans un abîme sans fond. Le constat des usagers interrogé par gazetteinfos.net est sans appel : Transco à Mbuji-Mayi est devenu l’ombre de lui-même, victime d’une gestion calamiteuse et d’un mépris souverain pour le bien public. « Ils n’ont pas su gérer les bus, c’est un usage sans entretien, les chauffeurs sans patriotisme ont tout abîmé », s’insurge un habitant, résumant à lui seul le sentiment de gâchis qui prédomine. Sur les cinq bus fièrement affectés à la ville en 2022, un seul survit encore miraculeusement, bien que récemment impliqué dans un accident qui achève de discréditer un parc automobile à l’agonie.
Mais le mal est plus profond que la simple tôle froissée. Derrière ces bus fantômes se cache un drame humain et administratif insoutenable. Les agents de Transco Mbuji-Mayi accumulent aujourd’hui plus des 17 mois d’arriérés de salaires, une situation qui frise l’esclavage moderne et qui explique, sans l’excuser, le désengagement total du personnel. Comment exiger du patriotisme de la part de chauffeurs et de techniciens dont les familles sont affamées depuis près d’un an et demi ? À cela s’ajoute une centralisation étouffante : les recettes générées localement sont systématiquement siphonnées vers Kinshasa, laissant l’agence provinciale sans aucun moyen de fonctionnement ni capacité de maintenance. Avec trois chefs d’agence qui se sont succédé sans pouvoir inverser la vapeur, il est clair que le problème n’est pas seulement local, mais structurel. Si les autorités ne procèdent pas immédiatement à l’affectation de nouveaux bus et au paiement intégral des salaires, les nouvelles routes du Kasaï ne resteront que des pistes pour le privé, laissant la population sur le bas-côté d’un développement qui lui échappe.
Denis BABI WA MULUMBA
