Aller au contenu

Wednesday 4 November 2026 · RDC

Mode normal
L’actualitéau galop du cheval
En direct
ALERTE
ActualitéKasaï-Oriental

DIPUMBA : DÉMOLIR D’ABORD, RÉFLÉCHIR ENSUITE ?

Quand la démolition précède les garanties, quand les ambitions prennent le pas sur les urgences sanitaires, c’est toute une population qui finit par payer le prix des décisions prises en son nom.

‎

‎MBUJI-MAYI — Il est des décisions dont les conséquences dépassent largement les intentions affichées. Des décisions qui, au départ, se présentent comme des projets de modernisation, de progrès et de développement, mais qui finissent par soulever une question fondamentale : à qui profite réellement le développement lorsque les besoins essentiels de la population semblent relégués au second plan ?

‎

‎À Mbuji-Mayi, le dossier de l’ancien Hôpital général de référence de Dipumba est en passe de devenir l’une de ces histoires qui interrogent profondément la gouvernance des infrastructures publiques, la hiérarchisation des priorités et, surtout, le sens de l’intérêt général.

‎

‎Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui autour de ce site, il faut remonter le temps.

‎

‎RETOUR EN ARRIÈRE : JANVIER 2023, LE DÉBUT D’UNE NOUVELLE DESTINÉE

‎

‎En janvier 2023, l’Université officielle de Mbuji-Mayi (UOM), sous l’impulsion de son recteur, le professeur abbé Apollinaire Cibaka, obtient la cession de l’ancien hôpital de Dipumba, jadis propriété de la Minière de Bakwanga (MIBA).

‎

‎L’ambition annoncée est de transformer cette infrastructure en cliniques universitaires, dans le cadre du développement des capacités hospitalières et de formation médicale de l’université.

‎

‎Sur le papier, l’idée peut paraître séduisante. Une université qui entend renforcer son dispositif sanitaire et académique, une infrastructure appelée à être modernisée et une perspective de développement des soins spécialisés : autant d’arguments qui peuvent légitimement susciter l’espoir.

‎

‎Mais derrière cette ambition institutionnelle se cachait une réalité qu’il aurait été imprudent de perdre de vue : Dipumba n’était pas un simple ensemble de bâtiments à réaffecter.

‎

‎C’était un établissement sanitaire qui rendait des services considérables à la population de Mbuji-Mayi. Avec une capacité d’environ 450 lits, l’ancien hôpital constituait un maillon important de l’offre locale de soins. Des malades y étaient accueillis, des urgences y étaient prises en charge et des familles y trouvaient, malgré les difficultés du système sanitaire, une possibilité de traitement à proximité.

‎

‎En d’autres termes, Dipumba représentait bien davantage qu’un patrimoine immobilier. Il constituait un instrument de protection de la vie humaine.

‎

‎DE 450 À 100 LITS : LE PARADOXE D’UNE MODERNISATION QUI INTERROGE

‎

‎C’est ici que commence le véritable malaise.

‎

‎Après la récupération du site par l’UOM, les anciens bâtiments sont engagés dans un processus de démolition, en perspective de la construction de nouvelles cliniques universitaires.

‎

‎La promesse est celle d’une nouvelle infrastructure. Mais une comparaison des capacités annoncées fait immédiatement apparaître une interrogation majeure : comment comprendre qu’un établissement qui disposait d’environ 450 lits puisse céder la place à un projet dont la capacité annoncée serait de seulement 100 lits ?

‎

‎Certes, la qualité d’un hôpital ne se mesure pas uniquement au nombre de lits. La modernité des équipements, la qualité du personnel, les spécialités médicales et les conditions de prise en charge sont également déterminantes.

‎

‎Cependant, cette évidence ne saurait servir à évacuer une question essentielle : que devient la capacité sanitaire supplémentaire dont la population bénéficiait auparavant ?

‎

‎Réduire considérablement la capacité d’accueil d’une infrastructure hospitalière dans une ville confrontée à d’importants besoins sanitaires exige des explications solides, des études préalables et une véritable concertation avec les acteurs du secteur de la santé.

‎

‎Or, des contestations ont été exprimées au sein de la Division provinciale de la Santé, tandis que des voix se sont élevées dans la population pour dénoncer la disparition d’un établissement qui jouait un rôle important dans le dispositif sanitaire local.

‎

‎À cela s’ajoute une autre interrogation, loin d’être secondaire : quel est devenu le matériel médical de l’ancien hôpital ? Qu’est-il advenu des équipements, des installations et des autres ressources qui accompagnaient son fonctionnement ?

‎

‎Autant de questions auxquelles la transparence institutionnelle devrait permettre d’apporter des réponses précises.

‎

‎OCTOBRE 2026 : QUAND LE PROJET AÉROPORTUAIRE RAVIVE LE DOSSIER DIPUMBA

‎

‎Comme si les interrogations sanitaires et patrimoniales ne suffisaient pas, un nouvel élément vient compliquer davantage l’équation.

‎

‎Le 30 octobre 2026, une délégation de la Banque africaine de développement confirme la préparation d’une deuxième phase des travaux de modernisation de l’aéroport de Mbuji-Mayi, avec une extension projetée de la piste, qui passerait de 2 320 à 3 000 mètres.

‎

‎Un projet important pour le désenclavement du Kasaï-Oriental, l’amélioration de la mobilité, le développement économique et le renforcement des capacités aéroportuaires de la province.

‎

‎Mais cette ambition entraîne également de nouvelles contraintes foncières.

‎

‎Selon les informations rapportées au sujet de la position de la Régie des voies aériennes (RVA), l’espace concerné par le projet des cliniques universitaires serait également nécessaire aux aménagements liés à l’extension aéroportuaire.

‎

‎Si cette incompatibilité foncière venait à être officiellement confirmée, le dossier Dipumba entrerait dans une phase particulièrement embarrassante : celle où l’on pourrait avoir démoli une infrastructure hospitalière fonctionnelle pour engager un nouveau projet dont l’implantation se retrouverait elle-même compromise par les exigences d’un autre chantier de développement.

‎

‎Voilà précisément le nœud du problème !

‎

‎Une question s’impose alors, avec toute la gravité qu’elle comporte : comment a-t-on pu engager la démolition d’un établissement hospitalier aussi important sans avoir préalablement obtenu toutes les garanties définitives sur la disponibilité et la sécurisation foncière du terrain destiné à accueillir les nouvelles cliniques ?

‎

‎Le principe de précaution n’aurait-il pas dû commander une démarche inverse ?

‎

‎Avant de démolir, ne fallait-il pas clarifier les contraintes foncières ? Avant de supprimer une capacité hospitalière existante, ne fallait-il pas garantir la continuité des soins ? Avant d’engager un projet d’une telle importance, ne fallait-il pas obtenir toutes les assurances nécessaires auprès des institutions concernées, notamment la RVA ?

‎

‎L’EXTRAVAGANCE DES PRIORITÉS OU LE DÉFAUT D’ANTICIPATION ?

‎

‎Le mot peut paraître sévère, mais il mérite d’être posé dans le débat public : extravagance.

‎

‎Non pas parce qu’une université ambitionne de construire des cliniques modernes. Encore moins parce qu’une province souhaite disposer d’un aéroport répondant aux exigences du transport aérien contemporain.

‎

‎Ces deux ambitions sont légitimes et peuvent parfaitement contribuer au développement du Kasaï-Oriental.

‎

‎L’extravagance serait plutôt de laisser croire que le développement impose nécessairement de sacrifier une infrastructure sanitaire sans avoir préalablement garanti une solution équivalente ou supérieure.

‎

‎Elle résiderait dans une planification qui ne mettrait pas suffisamment en cohérence les différents projets publics, au point de faire apparaître des contradictions entre les besoins sanitaires, les ambitions universitaires et les impératifs aéroportuaires.

‎

‎Le développement ne consiste pas à multiplier les chantiers. Il consiste à les penser ensemble, à anticiper leurs interactions et à protéger les intérêts essentiels des populations.

‎

‎Un aéroport moderne est une nécessité économique. Des cliniques universitaires performantes sont une ambition académique et sanitaire respectable. Mais un hôpital capable de recevoir les malades et de répondre aux urgences quotidiennes demeure une nécessité vitale.

‎

‎La modernisation ne devrait jamais devenir un jeu de substitution où l’on détruit une capacité existante avant de savoir si la nouvelle pourra effectivement voir le jour.

‎

‎DIPUMBA, UN DOSSIER QUI APPELLE DES EXPLICATIONS

‎

‎Aujourd’hui, plusieurs responsabilités institutionnelles sont interpellées par ce dossier.

‎

‎L’Université officielle de Mbuji-Mayi est appelée à éclairer l’opinion sur les conditions de cession du site, les études ayant précédé la démolition, la capacité réelle du projet des cliniques universitaires et les garanties obtenues concernant la disponibilité du terrain.

‎

‎La Régie des voies aériennes devrait préciser les emprises foncières nécessaires à la modernisation de l’aéroport et indiquer clairement si elles entrent effectivement en conflit avec le site destiné aux cliniques universitaires.

‎

‎Les autorités provinciales, quant à elles, ne peuvent rester en marge d’une question qui touche directement à l’accès aux soins de santé de milliers de citoyens.

‎

‎Enfin, les autorités nationales et les partenaires techniques et financiers concernés doivent contribuer à une meilleure coordination des projets, afin que les investissements consentis répondent véritablement aux besoins de la population.

‎

‎Il ne s’agit pas de désigner prématurément des coupables ni de condamner une initiative universitaire dont les contours méritent encore d’être clarifiés. Il s’agit plutôt d’exiger des explications, des documents, des engagements vérifiables et, surtout, une solution concrète.

‎

‎Car derrière les plans architecturaux, les études techniques, les conventions de cession et les projections budgétaires, il y a des femmes, des hommes, des enfants et des familles qui ont besoin d’être soignés.

‎

‎LE DÉVELOPPEMENT NE DOIT PAS SACRIFIER LA VIE

‎

‎Au fond, le dossier Dipumba pose une question qui dépasse les limites de Mbuji-Mayi : quelle conception du développement voulons-nous pour nos villes ?

‎

‎Un développement qui privilégie les infrastructures visibles au détriment des services essentiels ? Un développement où les institutions poursuivent chacune leurs ambitions sans coordination suffisante ? Ou un développement véritablement intégré, dans lequel l’aéroport, l’université et l’hôpital constituent des composantes complémentaires d’une même politique publique ?

‎

‎La population du Kasaï-Oriental n’a pas à choisir entre un aéroport moderne et un hôpital fonctionnel. Elle a droit aux deux.

‎

‎Elle n’a pas à payer le prix d’éventuelles insuffisances de planification. Elle n’a pas à perdre une infrastructure sanitaire importante au nom d’un projet dont la faisabilité foncière resterait à clarifier.

‎

‎DIPUMBA NE DOIT PAS DEVENIR LE SYMBOLE D’UN DÉVELOPPEMENT QUI DÉMOLIT AVANT DE CONSTRUIRE, QUI PROMET AVANT DE GARANTIR ET QUI PLANIFIE SANS SUFFISAMMENT ANTICIPER.

‎

‎Le véritable progrès ne se mesure pas seulement à la longueur d’une piste d’atterrissage, à la hauteur des bâtiments universitaires ou à la beauté des infrastructures inaugurées.

‎

‎Il se mesure aussi au nombre de vies que l’on protège, aux malades que l’on soigne et aux services essentiels que l’on préserve.

‎

‎À Mbuji-Mayi, l’heure n’est donc plus aux simples annonces. Elle est à la clarification, à la responsabilité et à la recherche urgente d’une solution.

‎

‎Car un aéroport peut attendre une nouvelle phase de travaux. Une université peut revoir son implantation. Mais pour un malade qui arrive aux urgences, le temps ne négocie pas.

‎

‎Et c’est peut-être là que réside toute la gravité du dossier Dipumba.

Denis BABI WA MULUMBA

Participer à la discussion

Les contributions respectueuses, pertinentes et vérifiables sont les bienvenues.

La Gazette du matin

L’essentiel de la RDC, avant de commencer votre journée.

Une sélection claire et utile, du lundi au vendredi.

Choisir la langue et les sujets
Centres d’intérêt
Désabonnement possible à tout moment. Votre adresse n’est jamais vendue.