Augustin Kabuya à Joseph Kabila : « Il n’est pas un modèle pour les droits de l’homme »
La passe d’armes entre l’ancien président Joseph Kabila et le camp présidentiel est relancée. Augustin Kabuya, secrétaire général et président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a vivement réagi, ce samedi 10 octobre 2026, aux déclarations de l’ex-chef de l’État sur les conditions de travail et la sécurité des journalistes en République démocratique du Congo. Depuis le siège du parti présidentiel, à Limete, il a renvoyé son prédécesseur à son bilan en matière de droits humains, l’accusant de vouloir réécrire l’histoire politique du pays.
Le ton est monté d’emblée. Pour le dirigeant de l’UDPS, les propos de Joseph Kabila sont loin d’être anodins et traduisent une volonté de se repositionner sur la scène politique congolaise en passant sous silence les événements survenus durant ses années au pouvoir. « Kabila a dit des choses et lui-même ne s’est pas rendu compte qu’il est en train de s’enfoncer dans un trou. C’est sa honte et celle de ses collaborateurs », a-t-il lancé, dans une déclaration particulièrement virulente.
Augustin Kabuya estime que l’ancien président ne peut prétendre défendre les droits des journalistes sans répondre aux accusations liées aux violences et aux assassinats enregistrés sous son régime. À ses yeux, les Congolais disposent d’une mémoire collective que les discours politiques ne sauraient effacer. « Il ne peut pas effacer l’histoire de tout un pays. Qu’il laisse les Congolais porter leurs problèmes », a-t-il martelé.
Pour appuyer son réquisitoire, le responsable de l’UDPS a évoqué plusieurs assassinats de journalistes survenus durant la présidence de Joseph Kabila. Il a notamment cité Bapua Muamba, tué avec son épouse à leur domicile le 8 juillet 2006, ainsi que Franck Ngikie, assassiné avec son épouse Hélène le 3 novembre 2005, laissant derrière eux cinq enfants orphelins. Des drames qu’il présente comme des éléments incontournables du bilan de l’ancien régime et qui, selon lui, fragilisent toute prétention de Joseph Kabila à donner des leçons en matière de protection des droits humains.
« Il n’est pas un modèle pour parler des droits de l’homme », a insisté Augustin Kabuya, déterminé à opposer aux déclarations de l’ancien chef de l’État les événements qui ont marqué ses années de pouvoir.
Le secrétaire général de l’UDPS a également remis sur la table l’opération « Likofi », menée à Kinshasa contre les jeunes délinquants communément appelés « kulunas ». Il a évoqué un bilan particulièrement lourd, faisant état d’une cinquantaine de jeunes tués et de 33 autres portés disparus. À ces faits, il a ajouté les violences enregistrées entre 2015 et 2016, qu’il impute à la gouvernance de Joseph Kabila.
Dans cette confrontation politique, Augustin Kabuya n’a pas manqué de défendre le bilan du président Félix Antoine Tshisekedi, qu’il présente comme le symbole d’une rupture avec les méthodes de son prédécesseur. Il a notamment souligné que des jeunes autrefois considérés comme des délinquants participeraient aujourd’hui à des initiatives de construction nationale sous l’impulsion du pouvoir actuel. « Les mêmes jeunes qu’il avait envoyés à la mort servent aujourd’hui le pays avec Félix Tshisekedi. Ils sont appelés aujourd’hui bâtisseurs », a-t-il affirmé.
Une manière, pour le dirigeant de l’UDPS, de mettre en avant ce qu’il considère comme une nouvelle approche de la gouvernance et de la mobilisation de la jeunesse. Poussant plus loin son offensive, il a soutenu que Félix Tshisekedi était venu « apprendre à Kabila comment on gère un pays », une formule qui illustre la virulence de la confrontation entre les deux camps.
Au-delà du débat sur les droits humains et la sécurité des journalistes, Augustin Kabuya a également mis en doute les motivations de Joseph Kabila. Selon lui, les prises de parole de l’ancien président répondraient avant tout à une stratégie destinée à maintenir son nom au centre de l’actualité politique congolaise. « Pour son existence politique, il doit faire des bruits », a-t-il déclaré.
Le numéro deux de l’UDPS a finalement balayé les déclarations de l’ancien chef de l’État, estimant qu’elles ne sauraient occulter les controverses qui ont marqué son passage au pouvoir. « Son discours est un non-événement parce que nous savons ce qu’il a fait dans son régime. Il n’est pas un modèle », a-t-il conclu.
Redaction



